Coward Old Universe…

by Jeremy G.

Posts Tagged ‘politique française’

A quoi joue DSK?

Posted by Jeremy Ghez on June 20, 2007

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Une petite information intéressante publiée aujourd’hui sur le site du Monde: Dominique Strauss-Kahn déclare vouloir quitter prochainement le bureau national du PS. Le journaliste et chroniqueur de RTL, Jean-Michel Apathie, est le premier à avoir lancé l’information, sur son blog, avant que la nouvelle soit confirmée par les proches de l’ancien ministre, d’après le Monde, qui ajoute:

D’ailleurs, a déclaré M. Strauss-Kahn selon le journaliste, je vais donner l’exemple (…), je vais démissionner prochainement du bureau national du PS.” Selon la même source, il précise que cela “ne l’amuse plus” de “passer deux heures pour savoir où on va mettre la virgule sur un communiqué que personne ne lira“. D’après Jean-Michel Apathie, M. Strauss-Kahn aurait indiqué que ce départ interviendrait “à la rentrée“. Précision sur laquelle son entourage met un bémol, en assurant qu’aucune date n’a été fixée et que ce sera “quand la question se posera, peut-être à la rentrée” – ou plus tard.

L’info est tout de même surprenante puisqu’elle concerne un des “éléphants” du PS, à qui l’on prétait des ambitions énormes, au lendemain de la défaite de Ségolène Royal. Alors trois hypothèses.

Ecartons d’ores-et-déjà la première: DSK est sincère. Etant donné l’état dans lequel le PS se trouve, même s’il s’est avéré que dimanche n’a été qu’un demi-échec, et non pas un échec total, Strauss-Kahn a tout à gagner à se mettre en avant. Il s’agit de l’une des seules personnalités capables de mener la gauche en 2012.

La deuxième hypothèse: celle de la traversée du désert. Il s’agirait de battre en retraire, de ne pas s’opposer systématiquement au gouvernement Fillon II, sachant que les Français n’aiment pas forcément cela, et apprécieront encore moins si les actions de l’Etat s’avèrent en plus efficaces. Se concentrer sur Sarcelles et cette circonscription qui a donné à DSK le plus haut score de sa carrière politique: voilà ce qui pourrait avoir du sens pour le socialiste qui n’est sans doute pas indifférent à la popularité d’un Bertrand Delanöe au niveau national. De plus, nul ne connaît la tendance qui s’imposera lors des municipales de l’an prochain. Pour survivre, vivons cachés.

Troisième hypothèse, ma préférée, et que j’ai déjà formulée ici et ici: DSK ne se représentera pas tout simplement parce qu’il ne sera plus membre du PS dès l’année prochaine. La logique politique – à considérer que cela ne soit pas une contradiction en soi – voudrait que des personnalités comme DSK et Bayrou soient dans le même parti. D’ailleurs, une étude du CSA a démontré que la connection politique entre le MoDem et le reste du spectre politique français se faisait résolument à gauche, 55% des électeurs du MoDem au premier tour ayant voté à gauche au second tour, contre 28% pour la droite.

Cela laisse penser qu’un positionnement au centre gauche pour un parti réunissant des personnalités libérales, voulant proposer à la France une alternative à Sarkozy, a toute sa place. Cette perspective est d’autant plus attirante que ce même parti pourrait prétendre jouer un rôle bien plus constructif que le PS actuel – du moins dans la forme qu’il prend aujourd’hui – dès lors qu’il sera ne pas s’opposer systématiquement, contribuer aux réformes et à la modernisation en tant que contrepoids et moteur, et non pas agir comme un obstacle.

La demi-défaite législative de la gauche n’a fait que ralentir la scission inévitable du PS. Le MoDem, qui a contribué à ce ralentissement, sera peut-être le principal bénéficiaire de cette rupture. Mon intuition est que DSK sera le premier déclencheur de ce mouvement vers le centre et de la décomposition du spectre politique français en trois grands pôles.

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2, c’est pas beaucoup

Posted by Jeremy Ghez on June 12, 2007

Du haut de ses probables deux sièges à l’Assemblée, Bayrou a perdu son pari – dans l’immédiat du moins.  Preuve que l’élection législative a peu à voir désormais avec l’élection présidentielle, et devient progressivement une simple formalité.  La question de son utilité et de sa réforme est fondamentale, mais n’est pas encore d’actualité.

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La réelle question est de savoir si Bayrou tiendra le choc, et saura avoir le courage d’aller jusqu’au bout de sa logique: proposer une troisième voie, pertinente parce que distincte de celle du PS et de l’UMP, crédible, parce qu’inscrite dans la logique raisonnable de l’évolution politique actuelle de la France, et enfin solide, parce que ne reposant pas que sur une simple réthorique politique d’opposition systématique à Sarkozy, comme il a pu le faire dans le passé.

Vu des Etats-Unis, il y a quelque chose de passionant qui se passe actuellement avec cette refondation du paysage politique français.  Ce beau pays qu’est la France présente en effet une caractéristique cruciale pour les Républicains américains en course pour la Maison Blanche, et une lacune grave que la France pourrait combler en s’inspirant – un tout petit peu – de ce qui se passe aux Etats-Unis.

Plusieurs articles ont fait état – comme ici – de l’intérêt particulier que prêtent les candidats républicains à la Maison Blanche à la situation française.  Gagner une élection si facilement, alors que l’on est issu d’un mouvement politique qui a gouverné pendant cinq ans sans apporter de résultats concrets (d’après les meilleurs diagnostics): voilà assez pour impressionner les Républicains en lice qui veulent tout faire pour se démarquer de l’Administration Bush, au-delà des accords et désaccords qu’ils peuvent avoir avec l’actuel président.  L’intérêt du très conservateur Washington Times pour ces élections législatives – le journal en a fait sa une ce matin! – qui a célébré ce landslide, ou raz-de-marée, n’est donc pas surprenant étant donné le laboratoire stratégique que représente la France pour les Républicains.

Pour une fois, donc,  que ce sont les Etats-Unis qui se fascinent pour la France, et non l’inverse, ne gâchons pas notre plaisir.  Mais ne gâchons pas non plus l’opportunité à laquelle correspond la mini-révolution politique qui vient d’avoir lieu.  Plus que jamais, avec ce landslide sarkozien, on se rend compte à quel point l’opposition – Bayrou compris – manque d’un projet cohérent qui peut séduire la France.  Les Etats-Unis constituent, de ce point de vue, un autre cas d’école typique.  Les deux partis principaux, lorsqu’ils ne sont pas au pouvoir, puisent énormément dans les idées que produisent les think tanks – ou groupes de réflexion – qui pullulent dans Washington aujourd’hui.  Voilà une condition sine qua non du renouvellement politique et de la modernisation.  Il ne s’agit pas ici de lancer le débat sur l’importance de ces institutions – la raison fondamentale étant que les prochaines échéances électorales, dans cinq ans, risquent d’arriver plus vite qu’on ne le croit.  Il s’agit plutôt de mettre en évidence les bénéfices que pourraient tirer les socialistes et Bayrou d’une consultation active de ces personnalités, ces universitaires et penseurs, qui vivent en France ou à l’étranger, et qui pourraient redonner un peu de fraîcheur à un monde politique sous influence énarquaise.  En réponse au sacre admirable de Sarkozy  – aux yeux des Américains – correspond ce nouveau défi lancé par un pays dont l’utilité n’est pas aussi nulle que l’on ne le croit…

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